samedi 12 août 2017

Occasions perdues

À la fin des années 70 dans le monde anglo-saxon, les éditeurs de jeu de rôle vont se rapprocher du milieu de l'imaginaire. Ils vont avoir des stands dans les conventions de SF. Les conventions de jeux de rôle, elles vont inviter des auteurs locaux ou des small press du coin.
En France rien de tel. Le fandom se méfie des milieux rôlistes. Si bien que c'est le fandom rôliste qui va être à l'origine du renouveau des littératures de l'imaginaire dans les années 90. Et c'est lui qui va se rapprocher du fandom SFFF bien content de voir arriver un renfort dont il a bien besoin. Tout d'abord certains auteurs, notamment Pierre Bordage, ont bénéficié d'un excellent bouche à oreille dans ce milieu, d'autres part on voit arriver des éditeurs comme Mnémos ou Nestiveqnen qui sont des émanations de ces milieux et qui ont permis à la deuxième génération d'écrivain rôliste d'arriver jusqu'à la publication.
Parce que la première génération d'écrivains rôlistes, ceux qui écrivaient des nouvelles dans Dragon Radieux ou qui s'exprimaient dans un magazine de JDR comme Graal où les scénarios et les aides de jeux étaient présentées de manière très littéraire, n'ont pas eu cette chance. Fleuve Noir n'a pas été capable de créer une collection de fantasy en parallèle d'Anticipation qui aurait pu les publier. Quant aux autres grands éditeurs, entre ceux qui pensaient que les auteurs français n'étaient pas rentables et ceux qui voulaient se rapprocher de la blanche, l'on sent bien que l'air du temps des années 80 ne leur était pas favorable.
Mais Ils n'ont pas été les seuls à subir cet ostracisme. En me documentant sur la convention de Limoges de 77, j'ai découvert l'existence d'un fanzine limougeaud nommé Sables Mouvants et d'un autre sur Brive dont j'ai oublié le nom. D'après l'article les concernant j'ai découvert qu'ils essayaient de se rapprocher de Metal Hurlant. Or une grand partie du fandom regarde Metal Hurlant d'un assez mauvais œil. Certains lui reproche une certaine violence, d'autres de ne pas être exclusivement politique (même si Metal est assez engagé à gauche). Le rapprochement ne se fait pas, ou pas autant qu'il l'aurait dû.
C'est comme le rapprochement avec le rock'n roll. Des auteurs comme Roland C Wagner ou Jean Marc Ligny semblent les seuls à avoir eu à l'époque des accointances solides avec les milieux du post punk de l'époque. Là aussi il y a eu un rendez vous manqué.
Et l'on ne parle même pas de la génération sacrifiée, celle des Eric Sanvoisin, des Jean Luc Triolo et autres auteurs prometteurs qui n'ont pas dépassé le stade de la nouvelle parce que la SF n'était pas à la mode. Parce que le fandom faisait un complexe d'infériorité par rapport à la blanche.
Aujourd'hui les choses ont changé. Le dialogue existe avec certains fandoms connexes. Les conventions geeks invitent régulièrement des auteurs et des éditeurs. Mais on répugne tout de même à se rapprocher de certains milieux comme les gamers. Que l'on se souvienne que c'est à cause de cela que les Rabid Puppies ont pu monter leur coup de force de l'autre côté de l'Atlantique.

mercredi 12 juillet 2017

Dîtes le avec des mots

Ben oui, les littératures de l'imaginaire c'est aussi un jargon avec une multitudes de sous genres, de thèmes, d'objets. Et le genre a son vocabulaire. Et c'est pour ça qu'il est difficile de s'y retrouver pour le néophyte.
Trop de choses, trop de mots inconnus et une difficulté à tracer son chemin. Pour s'investir dans l'imaginaire il faut avoir les codes et pour avoir les codes il faut prendre le temps de les découvrir. C'est peut être pour ça que c'est bien de découvrir la SF ou la fantasy à l'adolescence parce que l'on a du temps à y consacrer. Du temps et aussi un effort.
Pour s'orienter dans la jungle des sous genres, il faut faire preuve de volonté. Et c'est peut être là qu'est la raison du rejet. À cause de ces codes le genre est perçu trop difficile par des gens qui ne veulent pas s'y investir à fond. Alors que beaucoup ont les moyens intellectuels pour les appréhender.
Or découvrir ces codes, ça peut être aussi passionnant. C'est aussi à nous autres fans de dédramatiser un peu cette approche vis à vis de ceux qui font l'effort de venir vers nous, de faire œuvre de vulgarisation.
Les littératures de l'imaginaire c'est un peu comme le rock'n roll. Là aussi il y a une multitude de genre, de mots pour les désigner, de vocabulaire qui permet de comprendre et de cerner ce à quoi l'on a à faire. Et personne ne vient dire que c'est trop difficile. Parce que c'est de la musique et que l'approche peut être ludique sans doute. Pourquoi il n'en serait pas de même de la culture de l'imaginaire ? D'autant que beaucoup à l'instar de Monsieur Jourdain, ne connaissent pas les mots, mais ont une approche des codes qui sont derrière grâce au cinéma ou aux jeux vidéos. Quand je dis que le dialogue entre média est une des solutions.

jeudi 6 juillet 2017

L'imaginaire et le Goncourt

Un groupe d'éditeurs ont décidé d'envoyer leurs titres au jury du Goncourt pour sortir l'imaginaire du ghetto.
Je trouve cette démarche contre productive. Je pense qu'aujourd'hui nous devons reconquérir le lectorat prolétariens que l'on a délaissé (en grande partie parce que l'on a privilégié le grand format). Tout rapprochement avec le modèle culturel des héritiers est contre productif. Tous les rapprochements avec la blanche que l'on a tenté dans les années 2000 ne nous ont pas permis de sortir du ghetto.
Je pense que ces stratégies sont des raisonnements à l'envers. Nous devons devenir l'une des forces montantes de la littératures. Nous devrions avoir des ventes qui se rapprochent du polar, ce n'est pas le cas. Les thuriféraires de la blanche nous considèrent comme de la mauvaise littérature. Donc un certain nombre de gens veulent montrer que nous valons autant que la blanche. Ça part peut être d'un bon sentiment, mais ça ne fonctionne pas. Parce qu'en France la culture est un champ de bataille.
Il y a d'un côté le modèle des héritiers et en face la culture populaire. Notre rôle est de combattre le modèle des héritiers, celui de la domination, celui de la bourgeoisie financière. Parce que certains sont naïfs et confondent littérature blanche et littérature générale. La littérature générale a aussi ses auteurs populaires ( et ils ne sont pas en lice pour le Goncourt et s'en foutent complètement). La blanche c'est uniquement la littérature psycho dramatique post proustienne. Celle qui a fini par donner naissance au Nouveau Roman et l'auto-fiction.
Il faut assainir la république des lettres et les prix littéraires dont le Goncourt ont fini par être des symptômes du mal. On oblige les libraires à faire de la place pour libérer leurs rayonnages pour accueillir les Goncourables. Donc ce n'est pas allant hurler avec les loups qu'on va avancer.
Le thriller marche très bien en France. Et les auteurs n'ont pas eu besoin de caution intellectuelle. La bande dessinée non plus. Il faut au contraire assumer totalement notre identité. Sortir du ghetto ? Non, bien mieux enfermer les autres dans leur propre ghetto. Oser se montrer. Oser créer une communauté. Dialoguer avec les fandoms connexes et avec les autres médias. Arrêter de prendre de haut les gamers ou les rôlistes et s'appuyer sur eux et d'autres micro-communautés pour avancer. Se montrer dans les territoire ruraux ou dans les banlieues. Reconquérir la jeunesse et le public prolétarien. Il y a des tas de chantiers à mener.
Il faut se poser les vraies questions : les zones blanches, la déperdition des 25 ans. Au lieu de se rapprocher de la blanche faisons lui la guerre. Parce que les milieux culturels officiels eux ont déterré la hache de guerre contre nous. La presse nous ignore sauf quand le temps d'une tribune un journaliste ou un pseudo intellectuel décide de se foutre de notre gueule. Certains libraires ou bibliothécaires pensent que nous sommes des dégénérés ou des adolescents attardés.
Mais un adolescent attardé c'est un idéaliste, une force de proposition, un humain capable de créativité et d'invention. Donc c'est quelque part positif face à l'immobilisme et au conservatisme. Nous sommes en guerre. En guerre contre un modèle culturel, celui de la bourgeoisie d'affaires et du monde financier. Nous sommes la résistance culturelle. Notre but que l'imaginaire arrive au niveau des ventes du polar. Pour ça nous devons être une littérature populaire et cela passe par la reconquête du public prolétarien.

samedi 1 juillet 2017

Nouveau Monde n°11

Ce nouveau numéro de Nouveau Monde propose des textes très inégaux. Certains vite lus, vites oubliés (Thierry Fernandez ou Stéphanie Cordier) mais également des grands moments de lecture. Et au sommaire un auteur se taille la part du lion : Dominique Chapron. Fortement influencé par Jean Pierre Andrevon ( depuis quelques temps l'influence andrevonienne n'en plus de faire émerger de bons auteurs). Aussi à l'aise dans le fantastique moderne, la SF ou la fantasy. Un auteur prometteur dont à coup sûr on reparlera ( je crois qu'il est aussi au sommaire d'une des anthologies de Yann Quero chez Arkuiris).
On retrouve Donald Ghautier, un habitué du zine, qui nous donne trois textes. Si son incursion dans le fantastique est anecdotique, il nous livre deux petits bijoux de hard science très abordables. Cet auteur est véritablement l'équivalent francophone d'un Stephen Baxter.
Le texte d'ouverture signé Mélusine Chouraki nous présente un univers bien inspirant mais malheureusement il est plombé par une chute qui semble montrer que l'autoresse ne savait pas vraiment où elle allait. Ce texte est à la fois une promesse, celle d'une excellente plume capable du meilleur, mais aussi une déception.
Laurent Pendarias nous livre un texte aux accents bien modernes, qui nous montre de manière métaphorique les deux faces de la mondialisation qui n'est que ce qu'en font les êtres humains.
Catherine Loiseau rend hommage à la Compagnie Noire avec sa Compagnie du Lion Blanc.
Eloïse de Valsombre nous livre un texte sur les ravages de la cupidité avec en prime un monde de fantasy que nous avons fortement envie de revoir.
Auriane Sonfils et Anne Goulard chacune à leur manière nous livrent des textes assez décalés.
L'autre révélation du webzine c'est Axel Bernard qui lui nous entraîne dans un train qui parcours le Sahara d'une Afrique Steampunk. C'est beau, c'est à la fois onirique et réaliste.
Les autres textes sont plus anecdotiques à mon goût, la plupart reposant sur une chute que l'on sent venir bien avant la fin.
Un numéro qui s'il n'est pas le meilleur du webzine fait passer un bon moment.

samedi 17 juin 2017

Fantasy art and studies n°2

Le deuxième numéro de cette web revue bilingue est consacrée à la fantasy urbaine. Et elle essaie de sortir des sentiers battues. Lectrice de bit lit passe ton chemin. FAAS a choisi un autre chemin. Le courant hardboiled gothique très populaire d'ailleurs est oublié.
La revue a privilégié le courant le plus littéraire du genre. Et il y a des réussites.
Le goût du bitume de Jason Martin est véritablement l'une d'entre elles. On y retrouve une ambiance assez proche du dernier Magicien de Megan Lindohlm mais réécrit par Serge Brussolo. Un univers original et riche que l'on a envie de retrouver dans d'autres textes.
Dogmes invisibles d'Ange Beuque nous parle du destin des dieux quand plus personne ne croit en eux. L'univers est à peine esquissé mais là aussi l'on a envie d'en savoir plus.
Réfugiés de Sorane Bégaro nous renvoie à une actualité brûlante en traitant l'arrivée de réfugiés d'un royaume magique dans notre monde. Le récit est malheureusement trop proche du réel pour être véritablement savouré.
Weggen avait été une des révélations du premier numéro et il revient avec un texte, Soliloquies pour la ville insomnie, très différent de sa première contribution. Si le texte du numéro précédent était plutôt pulp, celui ci est beaucoup plus littéraire. On y parle de la manière dont les réfugiés d'Atlantis, hommes lézard, anges ou ondins, s'adaptent à la ville de Hong Kong. Un texte plus intéressant que celui de Sorane Bégaro sur le même thème. Un grand moment de poésie et de mélancolie aussi. Un auteur à la prose original qui avec qui il va falloir compter.
Hic Sunt Dracones de Lilas nous présente le quotidien d'un changelin à San Francisco et est axée sur le réenchantement du monde. À noter que c'est la seule nouvelle en anglais de la revue.
On ne bouge plus de Marie Démosthène est une nouvelle plutôt humoristique avec une satire plutôt bien vue de la bureaucratie et de ses excès dans un monde de fantasy. Avec une chute totalement inattendue. Un univers peint en petites touches qui donne envie de l'explorer plus avant.

lundi 29 mai 2017

Le monopole du pulp (suite)

Les Puppies sont un vrai révélateur des tendances profondes. Et il était clair que les progressistes n'allait pas laisser aux seuls Puppies le monopole d'une SF et une fantasy pulpy. Les Puppies ont certes dégainé les premiers l'an dernier avec Cirsova Magazine, notamment. Mais il faut bien dire que l'éditeur du magazine était désappointé par les choix de son propre camp et qu'il a publié des auteurs bien au delà de la sphère conservatrice.
Les progressistes ont répliqué. Et l'on a vu arriver Skelos Magazine et plus récemment Laser and Broadsword et aussi Storyhack. Et le tout en format papier. Si la tendance pulpy avait été délaissé dans les années 90 amenant notamment John O'neil à créer Black Gate pour occuper le terrain en ce qui concerne la fantasy, les années 2010 ne commettent pas la même erreur.
Maintenant il faudrait qu'au niveau du roman il y ait la création d'un véritable éditeur progressiste qui publie de la SF populaire au antipodes de la production de Baen pour que les choses soient vraiment intéressante.

mardi 23 mai 2017

La mythologie européenne médiévale

Aujourd'hui la fantasy est dominée par une mythologie anglo-saxonne théorisée par Tolkien même si depuis une vingtaine d'années de plus en plus d'auteurs sortent de ces schémas.
On ne compte plus les romans où l'on trouve des Elfes, des Nains, des Orcs, des Trolls, des Gobelins... Des créatures toutes issues des mythes nordiques ou celtiques. Mais où sont donc les êtres des mythes médiévaux ?
Les cynocéphales, les panotéens, les blemmyes, les sciapodes et autres êtres popularisés par le bestiaire médiéval n'ont pas eu la chances de leurs cousins nordiques ou celtiques. Pourtant vu la richesse de ce bestiaire utilisé aussi bien dans les chansons de geste, romans ou livres de merveilles du moyen âge que plus tard jusqu'au 17éme siècle on pourrait penser qu'il y a là un terreau pour les auteurs de fantasy et paradoxalement les auteurs de fantasy européens continentaux.